
C’est un fait, confirmé par les statistiques : les cohabitations sont plus fragiles que les mariages, et ceux qui se marient après avoir cohabité divorcent deux fois plus que ceux qui n’ont pas cohabité. |
Les jeunes qui se préparent
au mariage ont tous au moins une peur : le divorce. Un couple sur trois en province,
un sur deux à Paris se séparent au bout de cinq années
de mariage en moyenne. Le mariage semble alors soumis à l’épreuve
du jeu : une chance sur deux ! Vivre en couple au vingt-et-unième siècle,
une sacrée aventure ?
Sans compter des tas de questions sur l’avenir : est-ce que nous aurons du travail ? comment son caractère va-t-il évoluer ? est-ce qu’il ou elle m’aimera toujours autant dans dix ans ? et s’il me laisse tomber ? autant de questions, de peurs, d’angoisses qui empêchent souvent l’engagement dans le mariage, voire même dans la vie de couple. Alors beaucoup préfèrent cohabiter pour ne pas prendre le risque de se tromper.
Pourtant le mariage, d’après les statistiques, donne un cadre en général plus solide, plus adéquat à l’amour, et plus propice à son développement à condition, bien entendu, de prendre le temps de préparer cette vie commune. Choisir la cohabitation, c’est choisir un amour fragile qui a peu de chances de durer.
On connaît tous la courbe de vie et de mort d’un produit. On pense que l’amour suit la même courbe. Or, c’est tout le contraire. L’homme et la femme sont les acteurs de l’amour, et la croissance de leur amour est entre leurs mains. L’amour a une contrainte : s’il ne s’épanouit, il s’attiédit. Vivre heureux en couple, non seulement c’est possible, mais c’est normal… Alors pourquoi tant d’échecs amoureux ?
En analysant les points de fragilité de la cohabitation, nous avons essayé de dégager quelques questions de simple bon sens à se poser avant de se livrer à l’amour.
L.J.
« Et si on se mettait ensemble, on verra bien ! » Ne se retrouve-t-on pas parfois ensemble par hasard ? On commence alors une vie commune non pas parce qu’on a décidé de le faire, mais parce qu’on n’a pas décidé de ne pas le faire. Plusieurs études montrent que la plupart de ces couples s’établissent progressivement dans un logement qui devient commun : le processus commence en passant épisodiquement une nuit ensemble, puis l’un amène de plus en plus d’effets personnels chez l’autre pour finalement, ne plus repartir. Le fait d’être amoureux est à l’origine de la relation, qui évolue suivant les sentiments. S’ils durent, tant mieux. S’ils meurent, tant pis. La mise en ménage, alors, n’est pas précédée d’une réflexion sur le pourquoi, le sens, le long terme ; et beaucoup se réveillent, un matin, en disant : « Je me suis trompé(e), ce n’est pas elle (lui) qui me convient . »
Il est préférable de bien choisir l’homme ou la femme de sa vie !
Ne vaut-il pas mieux choisir son conjoint ? Ça paraît évident ! Et pourtant nombreux sont ceux qui se lancent dans la vie de couple uniquement conduits par la passion. Or il y a une différence fondamentale entre « être amoureux » et aimer.
Le sentiment amoureux éveille en moi cet attrait, mais peut me tromper. Je dois prendre un temps suffisant pour connaître l’autre. Si je n’ai pas choisi de tomber amoureux, je peux décider de ce que je vais faire de ce sentiment. Est-ce que je vais, réellement, pouvoir construire une histoire d’amour durable, épanouissante, avec ce garçon ou cette fille dont je suis amoureux ? Sommes-nous en accord sur les aspirations profondes qui nous habitent ? Ce temps où nous allons réfléchir, mûrir, discerner est essentiel pour ne pas se tromper. Mais c’est un temps difficile, car il demande de maîtriser son désir.
Généralement, les couples heureux ont pris ce temps de réflexion, pour s’assurer de leur choix.
Quel est notre projet de couple ?
Les cohabitations commencent de plus en plus tôt, à un âge où les jeunes n’ont pas encore vraiment décidé ce qu’ils voulaient faire de leur vie. À un moment donné, ils se rendent compte que leurs aspirations sont trop différentes pour être compatibles. Exemple typique : les étudiants, qui, amoureux fous, se mettent en ménage durant le temps de leurs études. À la remise des diplômes, problème : l’un veut se spécialiser à l’étranger, alors que l’autre ne veut pas quitter un job qu’il a eu du mal à trouver sur place. Que faire ? L’un veut des enfants tout de suite, l’autre pas. Que faire ? L’un veut se marier, l’autre pas. Que faire ? etc. Le plus souvent, ces divergences sur des questions essentielles de la vie provoquent la rupture, inattendue et douloureuse.
Mieux vaut réfléchir avant sur ce que nous voulons vivre ensemble !
Le projet de couple est « l’orientation générale » que les conjoints vont donner à leur vie de couple : à deux, ils vont construire une histoire commune, fruit de leurs projets et de leurs rêves. Pour cela, il est indispensable que chacun ait d’abord un projet personnel : que vais-je faire de ma vie ? Quelles sont mes aspirations profondes ? Qu’est-ce qui est essentiel, prioritaire pour moi ? La famille, le travail, les enfants, mon hobby, mes amis ? Nos priorités sont-elles compatibles ? Non seulement maintenant, mais aussi à long terme ? Bien entendu, il n’est pas nécessaire et même possible de « tout » prévoir. La vie est suffisamment riche en imprévus et rebondissements pour mettre à mal les meilleurs projets. Mais que de drames évités si les amoureux prenaient le temps de vérifier que leurs grandes aspirations sont compatibles.
Sommes-nous prêts à nous engager totalement l’un vis-à-vis de l’autre ?
Quand on vit en couple, un jour ou l’autre, on rencontre la « différence » : l’autre est différent de ce que j’avais imaginé, rêvé… Ce peut être une bonne surprise, mais aussi une difficulté ! À ce moment-là, il faut décider de passer outre. Mais voilà : la plupart du temps, les cohabitants se réservent (plus ou moins consciemment) une porte de sortie : on reste ensemble tant que le couple est satisfaisant ; on se quitte si ça devient trop difficile. Ils risquent de se sentir inhibés chaque fois que, pour une raison ou une autre, ils ont envie de se mettre en colère, parce qu’à chaque dispute, la relation tout entière peut voler en éclats.
L’aimer… c’est lui donner notre vie
L’amour a besoin de la force de l’engagement, qui est volonté explicite et formelle de passer au-dessus des obstacles que tout couple rencontre tôt ou tard sur son parcours.
Il y a des gens qui s’engagent sans se marier. Il y a des gens qui se marient sans s’engager. Cependant, dans nos sociétés, on constate, statistiquement, que c’est le mariage qui est la concrétisation de l’engagement : il est bien plus solide que la cohabitation. Pourquoi ? Parce qu’il permet aux couples de résoudre leurs difficultés en ayant l’assurance que l’affrontement et les conflits ne remettent pas en cause leur projet initial ni leur amour. Au contraire, beaucoup de cohabitants reconnaissent qu’ils laissent les problèmes aller beaucoup trop loin : en effet, en cas de conflit grave, qui dit que le couple résistera à la tempête, puisqu’ils ne sont pas engagés mutuellement pour toujours ?
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« Entre la recherche
désespérée et vaine d’une passion immortelle et les
petits aménagements des couples résignés, il y a une
voie immense, celle de l’amour. »
Alex Lefèbvre |
Pouvons-nous nous parler sans avoir peur de voir l’autre partir ?
L’amour ne peut s’approfondir que par le dialogue qui nécessitera parfois de sérieuses remises en question des amoureux. Est-il possible, s’il remet en question, en même temps, la survie du couple ? Peut-être, pour celui qui a déjà « l’idée » de partir. Impossible pour celui qui redoute la rupture. Celui qui aime le plus, celui qui souhaite la durée, est inhibé. Il « s’écrase » de peur de décevoir l’autre. Et le fossé d’incompréhension entre les deux partenaires grandit lentement mais sûrement.
C’est spécialement vrai en matière de sexualité : de nombreux films, de nombreux articles de revues « grand public » laissent croire que le couple vit à partir de la sexualité. Si ça va physiquement, tout va. Et cette entente physique devrait être « automatique », sinon c’est que le couple n’est pas fait pour s’entendre. Or, cette idéologie nie un point essentiel de la psychologie humaine : si la satisfaction sexuelle est presque innée chez l’homme, elle est le résultat d’un apprentissage chez la femme, et, de plus, est fortement conditionnée par le climat d’amour réel dans lequel se déroule la relation physique. L’entente physique des couples se construit par un dialogue vrai. Or, comme beaucoup ne le savent pas, ils se taisent sur cette question, de peur de paraître « coincés » ou ringards. Et ils n’évoluent pas…
Pour s’aimer, il est nécessaire de pouvoir parler librement
Or, la communication est essentielle, indispensable : elle permet de se réajuster en permanence, de faire le point, de désamorcer les conflits. Mais elle n’est pas toujours facile : de nombreux couples souffrent d’une incapacité à exprimer « avec des mots », ce qu’ils ressentent. Une des difficultés de la communication réside dans le fait que les hommes et les femmes ne communiquent pas de la même façon : la femme parle plus, elle aime exprimer ses sentiments et ce qu’elle vit intérieurement. L’homme est plus secret. Il peut parler sans difficulté de son travail, de ses hobbies, de politique. Mais il parlera peu de ce qu’il « est ». Or, c’est justement ce qui intéresse sa femme ! L’homme doit donc apprendre à communiquer sa vie intérieure, la femme doit apprendre à percevoir l’amour de son conjoint dans ses gestes et ses actes. Et les deux doivent apprendre à parler en vérité, en regardant la réalité bien en face, pour permettre de résoudre les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentent.
Et apprendre à exprimer leur bonheur, aussi ! Quelle joie en effet d’entendre l’autre dire qu’il est heureux grâce à son conjoint...
Avons-nous confiance l’un dans l’autre ?
On croit souvent que « l’expérience forme la jeunesse » et que les expériences amoureuses précoces vont aider les jeunes à mieux choisir leur conjoint. Et pourtant, c’est l’inverse qui se produit. Pour quelle raison ? Parce que les échecs amoureux successifs tuent la confiance.
Petite histoire « classique » de notre époque
Julie aime Jules. Trop jeunes pour se marier, ils vivent ensemble. «
On verra plus tard. » Le temps passe, et voilà que Jules se rend
compte que Julie n’est pas la femme de sa vie : il a rencontré Martine,
une femme extraordinaire… Il quitte Julie. N’avaient-ils pas décidé
qu’ils « gardaient leur liberté » ?
Pourtant, Julie souffre toujours : même si la relation lui pesait,
à elle aussi, ça fait toujours mal d’être «
plaquée » : « Il m’aimait, il ne m’aime plus. Pourquoi ?
Suis-je encore aimable ? » Questions douloureuses…
Jules, lui, se culpabilise : il lui avait dit qu’il l’aimait, et il était
sincère en le disant. Maintenant, il la fait souffrir… Est-il un monstre
?
Il doute aussi : Est-il capable d’aimer vraiment ? L’amour existe-t-il vraiment
ou est-ce une illusion ?
La vie continue. Jules a de nombreux amis. Martine regarde les autres femmes
d’un œil soupçonneux : elle-même n’a-t-elle pas rencontré
Jules alors qu’il était en couple avec Julie ? Qui peut dire qu’il
ne va pas se lasser d’elle et tomber amoureux d’une de ses nombreuses «
amies » ? De son côté, Jules n’aime pas quand les hommes
approchent trop de Martine. Comment savoir qu’elle ne va pas partir avec
l’un deux, puisque lui-même n’a pas hésité à laisser
tomber Julie ?
Julie, elle, se méfie. L’amour, ça fait mal, quand ça
finit. Alors, autant vivre sans trop s’investir…
Ce récit, une caricature ? Sans doute… mais tant de jeunes s’y retrouvent,
ayant perdu confiance en l’amour parce que trop « blessés »
par les échecs successifs… Et n’osent plus s’engager car ils n’y croient
plus !
L’amour a besoin de la confiance
La confiance est presque la raison d’être de tout ce qui
précède : n’est-ce pas folie que de tenter l’aventure alors
qu’il restera toujours une part d’imprévu et de mystère dans
la personnalité de son conjoint ?
N’est-ce pas folie que d’investir dans la durée quand nul ne peut
prévoir ce que réserve l’avenir ?
Folie, oui. Mais ici intervient la confiance : les relations humaines ne
sont pas seulement affaire de connaissance ou de raison, mais aussi acte
de foi.
On rencontre de plus en plus de jeunes et moins jeunes, profondément
marqués par un échec amoureux (notre société
est à l’heure du papillonnage amoureux) qui n’osent plus y croire
et n’osent plus investir dans une histoire d’amour.
La confiance, ingrédient essentiel de l’amour est tellement fragile
!
Avons-nous opté pour un amour qui dure ?
La tromperie est l’une des plus grandes blessures de l’amour. L’amour est exclusif, la passion non ! Voilà l’une des raisons pour lesquelles nous ne pouvons fonder notre avenir sur la passion ou le sentiment amoureux. Qui dit qu’en voyant une jeune fille, plus jeune, plus fraîche, je ne vais pas tomber amoureux et choisir la passion naissante ? En ai-je le droit ? N’est-ce pas trahir les paroles que j’ai prononcées un jour : je t’aimerai toujours ?
Or la cohabitation laisse cette possibilité ouverte de flirter avec une autre fille, ou un autre garçon. Beaucoup témoignent de la peur de perdre l’autre. On sait bien qu’il est nécessaire de prendre une décision claire et ferme pour ne pas tromper l’autre, décision prise par amour de l’autre.
L’amour entre un homme et une femme est exclusif
Dans tous les sondages, on retrouve l’idée que la fidélité aide le couple à vivre heureux. Elle est nécessaire, car elle affirme à chaque conjoint qu’il est unique, irremplaçable. Bien sûr, elle n’est valorisante que si elle est librement choisie : si un mari ne trompe pas sa femme simplement parce qu’il n’en a pas eu l’occasion, ce n’est pas forcément une preuve d’amour ! Mais s’il choisit de refuser les occasions qui vont éventuellement se présenter, la fidélité devient une manière de lui redire qu’elle est et reste « l’unique ».
La fidélité, ce n’est pas seulement la fidélité
« physique ». C’est avant tout rester solidaire de l’autre, s’entraider
à progresser ensemble, réaliser le projet commun initial (qui
peut évoluer et s’adapter). C’est en fait protéger la relation
privilégiée avec celui ou celle dont on veut partager le destin.
© Il Est Vivant - 1996-1999
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